Regardez mon corps de rêve, regardez-le bien, car ce sera peut-être la dernière fois. Voilà ce que je meure d'envie de leur dire, à toutes, ces chiennes dociles et conciliantes, à ses singes aussi, ces singes qui se croient malin, qui pensent m'impressionner, alors qu'en réalité ils ne font que se plier à leur avidité impure, à leur délicieux péché, la luxure, dont je suis le principal bénéficiaire.
Le savent-ils, ne le savent-ils pas ? Je me fiche de cela, tout ce que je veux, c'est qu'on me regarde. Qu'on me dévore, qu'on me lèche comme on lèche une vitrine parce que ce qu'il y a l'intérieur, on ne peut que le regarder de loin, derrière une barrière infranchissable, le prix, le luxe du magasin. Je suis ces vêtements que vous ne pouvez même pas essayer parce que la vendeuse est bien trop méfiante, je suis cet objet de luxe dont vous rêver la nuit, je suis le Prince de la cours de récré, fils d'une aristocratie digne et fier, je suis moi, et vous devez m'obéir.
Je suis philanthrope, je veux partager ce que je possède avec tous, tous. De la plus petite des gamines au vieillard nostalgique de sa médiocre jeunesse en passant par les jeunes adultes et adolescents de mon âge, je veux qu'ils m'admirent. Parce que moi, je ne m'admire pas. Je hais ce corps, mais eux l'adulent. Alors je veux qu'ils m'adorent autant que je me hais, moi et mes faiblesses, moi et mes os saillants, moi et mes larmes. Je veux qu'ils voient et admirent ce que je vois et abhorre, je veux qu'un peu de l'admiration de la méprisable plèbe comble ce vide, ce vide si humiliant. Le principal c'est que je sois le seul qui le sache, je préfère vivre dans l'amour intéressé de mes semblables que dans le mépris altruiste des plus justes. C'est ainsi, et ça le restera, j'y veillerai.
C'est pourquoi je revêt des haillons intérieurs, des poignards traîtres dans la parole et m'absous de ma véritable dignité.
Lie de la terre, animaux humains, aveugles imbéciles, adulez moi, moi le borgne.
Photo pas de moi.